Pourquoi je soutiens Redeker

Publié le par Tous ensemble

Par Mohamed Sifaoui.

 

Je suis mal à l’aise à chaque fois que je dois mettre en avant mes croyances personnelles. Mais le contexte national et international illustré, entre autres, par la désormais « affaire Redeker » me pousse à m’exprimer aussi en tant que musulman et croyant. Le citoyen que je suis a depuis longtemps fait savoir sa position à l’égard de l’intégrisme. En tant que journaliste et écrivain j’ai également fait connaître mon opinion à travers divers travaux.

Mais qu’en pense le musulman que je continue d’être ? La question mérite d’être posée.

Je peux être en total désaccord avec Robert Redeker – et ce n’est pas le cas – et le soutenir. C’est d’abord pour moi une position de principe. Mais au-delà, il y a une autre raison, de fond celle-ci, qui me conforte dans le fait qu’il est impératif, vital, et peut-être surtout pour un musulman, de soutenir Robert Redeker.

Dans son article publié par Le Figaro, le philosophe pose une question fondamentale : « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? ». Fondamentale cette question l’est parce que les sociétés, musulmanes ou occidentales, rejetant l’islamisme ainsi que les dirigeants des pays musulmans ou ceux des pays démocratiques ne savent toujours pas quelle attitude adopter face à ce fascisme, qu’est l’islamisme. Force est de constater, en effet, que lorsqu’ils ne sont pas pétrifiés par le phénomène, les dirigeants européens notamment, mais aussi certains « intellectuels », s’accommodent assez facilement de l’intégrisme musulman. Pour peu qu’il soit jugé, par eux, comme « modéré », il n’y a plus alors aucun problème. Pour peu que leur interlocuteur taille sa barbe, laisse tomber la djellaba pour le costard cravate et prétend honnir Ben Laden, cela suffit à certains pour adouber et cautionner les pourfendeurs des principes laïcs.

Lorsqu’un islamiste « modéré » exige d’un maire l’aménagement de plages horaires pour les femmes, il sape les fondements même de la République. Et lorsque le maire accède à sa demande il se rend forcément complice d’un acte ignoble contre la laïcité : faire passer la « loi de Dieu » avant celle des hommes. Lorsqu’un responsable politique soutient une attaque en justice contre la liberté d’expression – comme cela a été le cas lors de l’affaire des caricatures – il se rend complice d’un travail de sape visant un principe fondamental d’une démocratie : la liberté de la presse et le droit – oui le droit – de critiquer les religions et les dogmes, toutes les religions et tous les dogmes.

Ainsi, de ce point de vue, Robert Redeker avait raison de poser sa question à l’opinion publique.

Mais on nous dira qu’il n’avait pas à « insulter » le Prophète. Ou est l’insulte contre Mahomet ? Critiquer, quand bien même d’une manière erronée voire injuste, un Prophète ou bien tuer au nom de ce même Prophète ? Ou est l’insulte contre le Coran ? Dire que le Livre sacré des musulmans est d’une « inouïe violence » ou tuer, lapider et excommunier au nom de ce même Livre pour le rendre d’une inouïe violence. Ou est l’insulte contre l’islam ? Dire   que le Pèlerinage à la Mecque met « en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie », ou faire de la Mecque la base de lancement de cette idéologie fasciste qu’est le salafisme. Ou est l’insulte contre les musulmans ? Leur ouvrir le débat qu’ils n’osent pas aborder eux-mêmes, ou constater la barbarie et la sauvagerie qui s’abat sur le monde devant le silence assourdissant des « dignitaires musulmans ». Ou est l’insulte ? Une tribune d’un professeur de philosophie ou les menaces de mort qui ne cessent de s’abattre sur lui mais aussi sur tout ceux qui osent aujourd’hui parler de l’islam, condamner l’islamisme et dénoncer le terrorisme ?

J’aimerais bien que les musulmans, notamment les religieux, qu’ils soient de la Mosquée de Paris ou de l’UOIF, qu’il soient en djellaba ou en costard cravate, j’aimerais bien qu’ils me donnent une explication claire, cohérente et logique qui me permettrait de dormir en paix et de comprendre leur silence au lendemain des attentats de Londres, Madrid, New York, Charm Echeïkh, Istanbul, Alger, Casablanca, Bali, Djerba et j’en passe. Pourquoi sont-ils si silencieux lorsque des « illuminés », nous dit-on, menacent Redeker et si prompts à poursuivre en justice Charlie Hebdo pour un simple coup de crayon ? Pourquoi organisent-ils, ou laissent-ils s’organiser, des manifestations pour le voile et devenir subitement boiteux lorsqu’il s’agit de manifester contre la barbarie terroriste qui s’applique au nom de l’islam donc en leur nom aussi ? Il est temps de rompre avec les thèses bien-pensantes. Les « musulmans modérés » ou plutôt les musulmans laïcs existent. Mais ils n’existent vraiment que lorsqu’ils exprimeront leur condamnation claire et limpide à l’égard de l’intégrisme qui tue, menace, lapide, harcèle, intimide, viole, pille, violente tout en préférant l’obscurantisme à la lumière, l’archaïsme à la modernité et la mort à la vie.  

Si je devais faire un reproche à Robert Redeker, il n’y en aurait qu’un et il n’y en a qu’un, je pense que le philosophe n’a pas le droit de se cacher, n’a pas le droit de délaisser son travail et n’a pas le droit d’avoir peur. Robert Redeker est dans son droit, ce n’est pas à lui de se cacher, c’est aux criminels islamistes. Robert Redeker n’a pas à avoir peur, ce sont les tueurs fanatiques qui devraient comprendre, une fois pour toute, que les femmes et les hommes libres, les musulmans laïcs et tout ceux qui restent attachés aux principes démocratiques et républicains ne comptent pas céder devant leurs lâches intimidations. Des Redeker, il y en a et il y en aura partout. Il y en a en Algérie, il y en a au Maroc mais aussi en France, au Danemark, en Grande-Bretagne, au Pakistan ou en Égypte. Et la résistance à l’obscurantisme ne doit pas cesser. Elle ne cessera d’ailleurs pas. A ce propos, le ministre égyptien de la culture vient d’annoncer que « le port du voile est une régression », ceci au moment où deux députés français comptent proposer des « lois contre le blasphème ». Quel paradoxe, sacré bon Dieu !  

Publié dans Tribune libre

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